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…même de l’abbesse
Pour les tâches quotidiennes, pour les travaux, pour les procès, … le chapitre de Sainte-Waudru employait de nombreux « travailleurs » dont personne, ou presque, ne se souvient du nom.
Pour les tâches quotidiennes, pour les travaux, pour les procès, … le chapitre de Sainte-Waudru employait de nombreux « travailleurs » dont personne, ou presque, ne se souvient du nom.
Pourtant dans la collégiale, quelques noms des employés du chapitre subsistent encore, parfois associés à des fonctions, mais ils sont rarement mis en évidence.
Ainsi, le plus « visible » est Jean Repu dont le nom est gravé sur une clef de voûte du transept sud : « Maistre Ian Repu ». Il fut le maître maçon qui avait en charge le transept de la collégiale.
Deux autres employés du chapitre sont de temps en temps évoqués : les De Thuin, père et fils. Leur pierre tombale se trouve dans la nef, à hauteur du deuxième pilier (côté nord). On peut y lire :
« CHI GISENT JEAN DE
THUIN OFFICIER TAILLER
D’IMAGE CONDUICTEUR DE
L’OUWRAIGE D’ARCHITREC
DE CESTE ÉGLISE QUI TRE
PASSA L’AN 1556 LE 26E
AUOST.
ET AUPRES DE LVY GIST
JEAN DE THUIN SON FILZ
AYANT EXERCE LE MESM
ESTA EST DECEDE LE XII
OCTOBRE L’AN 1596. PRYES
DIEU POVR LEURS AMES ».
Le premier a travaillé avec Jacques Du Broeucq mais a surtout suivi le chantier de la tour de la collégiale jusqu’à sa mort en 1556. Le second a succédé à son père.
Leur pierre tombale, souvent en partie cachée par des chaises, n’est pas celle qui attire le plus les regards. Elle évoque pourtant deux personnes qui ont œuvré à la construction de la collégiale Sainte-Waudru à la demande du chapitre.
Toujours dans la nef, une pierre tombale de 1676 évoque Jacques Moreau, maître charpentier du chapitre :
ICY GIST LE CORPS DE
IACQUES MOREAV
MARCHAND DE BOIS ET
MAITRE CHARPENTIER DU
CHAPPITTRE STE WAVDRV
AGE DE 42 ANS DECEDE
LE 4 9BRE 1676.
REQUIESCAT IN PACE ».
Le décès est acté dans le registre des décès de la collégiale Sainte-Waudru, en date du 4 novembre 1676 : « le 4 [novembre 1676] est mort Mre Jacques Moriau charpentier enterré en l’église de Ste Waudru ».
Mais pour édifier et entretenir une église comme Sainte-Waudru, il est nécessaire d’employer des tailleurs de pierres. Ainsi, dans la nef, on peut voir la pierre tombale de Jean Joseph Baudry (pierre sur laquelle figurent également les noms de ses deux épouses et des deux fils nés de sa première union) :
« D. O M
ICY REPOSENT LES CORPS
DE JEAN JOSEPH BAUDRY
MAITRE TAILLEUR DES
PIERRES DE L ILLUSTRE
CHAPITRE DE STE WAUDRU
DECEDE LE 21 8BRE 1737
AGE DE 68 ANS
… »[i]
Son décès est acté dans le registre des funérailles de Sainte-Waudru : « Le vingt-un [octobre 1737] est mort Mre Joseph Baudrÿ Tailleur de pierre gagé du chapitre, enterré le 22 ».
Toujours dans la nef, mais presque dans la tour, se trouve la pierre tombale de Jean Bocquet, messager du chapitre, dont le nom ne semble pas conservé dans le registre des décès pour 1651 :
« ICY GIST LE
CORPS DE JEAN BOCQVET
JEVNE HOMME A MARIER
LEQUEL A SERVY L ESPACE DE
QUINZE ANS DE MESSAGER A CET
ILLUSTRE CHAPITRE DE SAINTE
WAVLDRV EST DECEDE LE 18
DE NOVEMBRE MIL SIX CENT
CINQVANTE ET VNG. PRIEZ
DIEU POVR SON AME
… »[ii]
Près de la chapelle Notre-Dame du Rosaire, sur le mur du collatéral, se trouve le taulet de Christophe Noël et de son épouse. Lui aussi était « employé » de Sainte-Waudru en tant que maître des ouvrages (architecte). Le texte précise en effet :
« Ci devant gist Xpofle
noel en son teps me des
ouvraiges de ceste
eglise qui trepassa
le XXe janvier XVc
LX … ».
Ainsi, dans la collégiale, il reste peu de nom de ceux qui ont, pourtant, de leurs mains, permis la construction et l’entretien de la collégiale ou qui étaient au service des Dames du Chapitre.
En consultant le registre des décès de Sainte-Waudru (surtout les actes du XVIIIe), le personnel attaché au chapitre peut, en partie, « être reconstitué ».
Ces membres du personnel n’étaient pas « paroissiens de droit de Sainte-Waudru » mais, « liés par un contrat de travail » avec le chapitre, ils devenaient automatiquement, comme les membres de leurs familles, paroissiens de Sainte-Waudru. Ils « bénéficiaient » donc de funérailles en la collégiale et pouvaient être inhumés dans le cimetière de Sainte-Waudru[iii] (et plus rarement dans la collégiale même).
En parcourant les registres de décès, les professions suivantes sont donc évoquées :
Architecte, avocat conseiller, balayeuse, bâtonnier, cavière de la cave du chapitre, chantre, maître de chants, chapelain de cette paroisse, chapelain royal, charpentier et maître charpentier, charron, chaudronnier, cirier et maître cirier, maître cordier, couvreur et maître couvreur, curé de Ste Waudru, distributeur, facteur d’orgues, maître ferronnier, fondeur et maître fondeur, garde de cette église, garde du chœur de ce chapitre, « garde du poël du chapitre des Dames chanoinesses âgée à peu près de 97 ou 98 ans », gorlier (réalise les colliers et harnais de chevaux de trait) et maître gorlier, grand clerc, greffier, imprimeur de Sa Majesté et du chapitre (aussi qualifié de libraire), joueur de basse, maître maçon, mambourg, menuisier, musicien et maître de musique, organiste, « offrandière de cette église l’espace de 53 ans », orfèvre, petit clerc, plombier et maître plombier, receveur, sacristain de la chapelle paroissiale, sonneur et maître sonneur, souffleur, tailleur d’habits, tailleur de pierres et maître tailleur, veilleur, vitrier et maître vitrier.
Certains « employés » semblent, peut-être en vue d’un meilleur « salaire », avoir cumulé les fonctions : « cordier gagé et garde du chœur du chapitre » ; « fosseur, cordier et garde du chœur du chapitre ». D’autres travaillaient pour le chapitre avec cette seule mention : « Gagé du chapitre ».
Toutes ces professions étaient définies comme : « de ce chapitre », « de cette église », « du chapitre », « du chapitre de Ste Waudru », « du chapitre royal de Ste Waudru », « des Dames », « de l’Illustre chapitre de Ste Waudru ».
Il faut ajouter à ce personnel, celui attaché directement aux chanoinesses : « domestique » ou « femme de chambre ».
Et comme le chapitre de Sainte-Waudru a eu l’honneur de recevoir comme abbesse Anne-Charlotte de Lorraine, son nombreux personnel (et il ne s’agit ici que d’une petite partie de celui-ci) se retrouve également dans le registre des décès de Sainte-Waudru :
Apothicaire patenté, chef d’office, cocher, concierge, confesseur, coureur, cuisinier, domestique à la cour, frotteur à la cour, garçon de cuisine, garde d’argenterie, grande maîtresse de la Maison, jardinier, médecin consultant, officier, pâtissier, postillon, première femme, relaveur à la cour, suisse de la Maison, valet de pied.
Les professions des personnes liées par contrat à Anne-Charlotte de Lorraine sont mentionnées dans le registre des décès de Sainte-Waudru comme : « à Son A R », « au service de feue Son A R Madame », « au service de Son A R Madame », « de Madame », « de Son A R la Princesse de Lorraine », « de Son A R Madame ».
Bref, il faut constater que le Chapitre de Sainte-Waudru était, si pas le plus important, l’un des principaux employeurs de la région. Il apparaît aussi qu’une fois engagé pour le chapitre, c’était définitif et souvent jusqu’à la mort. Le chapitre de Sainte-Waudru, finalement, était probablement un employeur bien vu de son personnel…
Benoît Van Caenegem
Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru
et de son Trésor
[i] Le texte de la pierre se poursuit : « d’Anne Bastien sa femme morte le 23 janur 1729 agée de 68 ans d’Henry Joseph mort agé de 17 ans et de Nicolas Joseph leurs fils, Apres avoir fait son examen en médecine mort le 24 mars 1728 agé de 29 ans et de Marie Joseph Le Lieure sa 2eme femme decedee le agee de ans. Priez Dieu pour leurs ames ». La date de décès et l’âge de Marie Le Lieure ne sont pas gravées sur la pierre. (Devillers N° 33).
[ii] Le texte se continue : « Et aussi repose le corps de Lovis Boqvet bovrgeois et taintvrier de cest ville lequels et decedez le 19e de May 1657 » (Devillers N° 11).
[iii] A partir du mois d’août 1785, toutes les inhumations des paroissiens de Sainte-Waudru se font « au cimetière de cette église situé à Nimy ».
