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« Tôt le dimanche matin, alors qu’il faisait encore nuit, Marie de Magdala se rendit au tombeau. Elle vit que la pierre avait été ôtée de l’entrée du tombeau. Elle courut alors trouver Simon Pierre et l’autre disciple, celui qu’aimait Jésus, et leur dit : On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis.
Pierre et l’autre disciple partirent et se rendirent au tombeau. Ils couraient tous les deux ; mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. Il se baissa pour regarder et vit les bandes de lin[i] posées à terre, mais il n’entra pas. Puis Simon Pierre arriva après lui et entra dans le tombeau. Il vit les bandes de lin posées à terre et aussi le linge qui avait été mis sur la tête de Jésus ; ce linge n’était pas avec les bandes de lin, mais il était enroulé à part, à une autre place. Alors, l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier au tombeau entra aussi. Il vit et il crut. (En effet, les disciples n’avaient pas encore compris l’Ecriture qui annonce que Jésus devait revenir de la mort à la vie.) Puis les deux disciples s’en retournèrent chez eux ». (Jn, 20, 1-10)[ii].
Une pierre ôtée, des bandes de lin au sol, un linge plié à part et un tombeau vide. C’est ainsi que l’évangéliste Jean annonce la Résurrection de Jésus. Ces informations ne sont guère porteuses iconographiquement parlant. Et donc, au fil du temps, les artistes pour représenter ce moment essentiel de l’année liturgique ont pris quelques distances avec le texte.
Ainsi très souvent, pour illustrer la Résurrection, on voit le Christ qui est enlevé du tombeau et est attiré vers le ciel. Avec tout autour des soldats endormis ou tombant à la renverse pris par la peur (ou l’incompréhension du moment).
Plusieurs représentations de la Résurrection sont conservées dans le patrimoine de la collégiale Sainte-Waudru, bien que n’étant pas très nombreuse.
Le bas-relief (vers 1548) sculpté par Du Broeucq (ca 1505-1584), trois broderies (une chape du XVIe, une du XIXe et une chasuble du XVI), une partie de retable néogothique (1905), un calice du XVIIe et, moins évidente, une peinture de la fin du XXe (1967 et 2000), sont les uniques œuvres dont une partie est consacrée à une représentation de la Résurrection.
La chape et la chasuble du XVIe font partie du même ensemble et proviennent de l’ancienne collégiale Saint-Germain. Elles étaient portées par le doyen de Saint-Germain qui était aussi de droit curé de Sainte-Waudru.
Sur la chape, dont le chaperon évoque la Transfiguration[iii], la représentation de la Résurrection figure sur la partie avant (côté gauche pour le porteur de la chape), en bas de la bande brodée (fils d’or, d’argent et de soies). Le Christ, auréolé, est enlevé du tombeau au-dessus duquel il est représenté. De la main gauche, il tient son étendard (une bannière – en général une croix rouge sur fond blanc- fixée sur une croix à longue hampe) tandis qu’il bénit de la droite. Il porte un « pagne » blanc et une ample cape « rouge ». Autour du tombeau quatre soldats, vêtus de riches tenues très colorées, tombent au sol et sont saisi d’effroi par la scène à laquelle ils assistent.
La chasuble porte sur le dos une grande croix brodée aux fils d’or, d’argent et de soies. La représentation de la Résurrection se trouve au croisement des bras de la croix. On y voit le Christ, vêtu d’une ample cape aux tons brun -rouge, sortant du tombeau (il a déjà une jambe en dehors du tombeau dont le couvercle est mis de biais). De la main droite, il a un geste de bénédiction, tandis que de la gauche il porte l’étendard de la Résurrection.
Près du tombeau, au moment de la Résurrection, deux soldats semblent s’écrouler sur le sol tandis que de l’autre côté deux « civils » endormis ne semblent en rien perturbés par ce qui se déroule juste près d’eux. Une représentation de Dieu-le-Père, apparaissant dans une nuée et entouré d’une gloire de rayons brodés aux fils d’or, est ajoutée juste au-dessus de la scène de la Résurrection.
Sur la chape de deuil de la fin du XIXe ou du début du XXe, c’est une représentation un peu moins habituelle qui est brodée sur le chaperon. On y voit le Christ entouré d’une mandorle rayonnante et présenté au-dessus de ce qui pourrait être le tombeau. Le Christ est vêtu d’un ample manteau qui laisse voir la plaie dans son côté tout comme celles des mains et pieds.
Jésus porte de la main gauche l’étendard de la Résurrection (symbole de sa victoire sur la mort) tandis qu’il bénit de la droite. Deux soldats assistent à la scène. Tous deux sont assis sur un siège. Le soldat de gauche porte une épée et semble pensif ; celui de droite, endormi, tient de la main droite une lance qui repose sur son armure.
Sur le calice du XVIIe (dépôt des Ursulines), conservé au Trésor, la scène est traditionnelle : le Christ, élevé au-dessus du tombeau, entouré de nuages et semblant auréolé d’un soleil aux nombreux rais, tient de la main gauche l’étendard tandis qu’il bénit de la droite. Les quatre soldats, gardiens du tombeau, semblent, eux, effrayés et « prêts à se défendre » face à ce qu’ils ne peuvent pas comprendre.
Dans la collégiale, un des caissons du retable néogothique de la chapelle du Saint-Sang est consacré à la Résurrection. Le Christ y est représenté au-dessus du tombeau. Il tient de la main gauche son étendard et de la droite donne une bénédiction. Sur cette représentation, il faut noter qu’un ange tient de ses mains la pierre plate qui fermait le tombeau et qu’il vient d’enlever. Quatre soldats accompagnent la scène. Les deux soldats éveillés tombent à la renverse et se montrent « terrorisés ». Les deux autres soldats sont endormis et ne semblent pas dérangés par le moment.
Quant à l’œuvre de Du Broeucq (transept nord-est), elle est évidemment la représentation de la Résurrection qui est la plus regardée en la collégiale.
Jacques Du Broeucq, l’un des plus grands artistes de la Renaissance, a sculpté la scène dans un albâtre lumineux et chaud[iv]. Le Christ imaginé par l’artiste est quasiment une statue qui se détache du relief. Du pied droit, Jésus s’appuie sur le bord du tombeau (juste au-dessus du mot « RESURREXIT ») et accompagne ainsi la force qui l’entraîne vers le Père. Son visage est d’une sérénité parfaite. Il a les bras étendus comme sur la croix mais cette fois avec une force de vie exceptionnelle.
Tout autour, les soldats romains qui gardaient le tombeau sont renversés et la stupeur se lit sur leurs visages.
D’un bloc d’albâtre, Du Broeucq a réussi à illustrer ce moment de la Résurrection en utilisant les sentiments de force, de peur, de sérénité. C’est certainement l’œuvre conservée en la collégiale qu’il ne faut « rater » sous aucun prétexte.
Deux chapelles plus loin (dans le déambulatoire nord), une œuvre du XXe, de l’artiste Charles Delporte (1928-2012)[v], intitulée « Rédemption », nous montre le Christ dans un même mouvement des bras que celui de la Résurrection sculptée par Du Broeucq. Quatre siècles séparent ces deux œuvres et pourtant les deux artistes pour évoquer la Résurrection ont donné au Christ le même mouvement des bras…
La collégiale possède encore quelques œuvres qui évoquent les moments qui ont suivi la résurrection. Quelques « Noli me tangere » ; des représentations des disciples d’Emmaüs ; l’apparition du Christ à Thomas (qui touche ses plaies pour croire en sa Résurrection) et, scène dont ne parlent pas les évangiles, l’apparition du Christ à sa mère.
Cette dernière scène est l’objet de la peinture qui se trouve dans la chapelle dédiée à Saint-Vincent et d’une des cinq verrières impériales datées de 1510-1511. Cette scène est probablement due à l’inconscient collectif qui ne pouvait imaginer que le Christ apparu à de nombreux témoins ne soit pas apparu à sa Mère entre sa Résurrection et son Ascension.
Quant à la Résurrection, elle est de nos jours manifestée par le Cierge pascal mis en évidence dans le chœur de la collégiale durant tout le temps de Pâques. Et quand le Cierge pascal quitte le chœur, il faut se tourner vers un tableau du XVIe consacré aux pèlerins d’Emmaüs[vi]. On y voit, attablés, le Christ et les deux pèlerins. Le peintre a choisi de montrer le moment exact où le Christ rompt le pain, ce qui permet aux deux pèlerins de le reconnaître instantanément. Ce tableau, très peu mis en évidence dans la chapelle de semaine, manifeste donc le Christ ressuscité toute l’année, grâce à un artiste anonyme du XVIe.
Benoît Van Caenegem
Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru
et de son Trésor
[i] Le corps d’un défunt était entouré de bandes de lin parfumées avant d’être conduit au lieu de sépulture.
[ii] Alliance biblique Universelle, La Bible Ancien et Nouveau Testament avec les Livres Deutérocanoniques traduite de l’hébreu et du grec en français courant, Le Cerf – Société biblique française, 1992.
[iii] Il semble que cette scène soit rarement représentée en broderies.
[iv] Lorsque l’œuvre était sur le jubé, elle se trouvait sur la face située côté chœur. En sortant de leurs stalles, les chanoinesses passaient systématiquement sous cette représentation de la Résurrection qui devait impressionner les rares personnes qui avaient accès au chœur de Sainte-Waudru.
[v] La collégiale possède deux œuvres de Charles Delporte : un Christ en croix de 1987 et le tableau « Rédemption » de 1967 retravaillé par l’artiste en 2000.
[vi] Don de l’abbé Jean Huvelle (1925-1984) à Sainte-Waudru. Jean Huvelle fut conservateur de la collégiale de 1958 à 1984.
