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Le texte gravé sur sa pierre tombale nous présente, avec son orthographe d’époque, la chanoinesse :
YCI GIST NOBLE ET ILLUSTRE
DEMOISELLE MARIE PHILIPPES
DONGNIES DITTE DE WILLERVAL
DECEDEE CHANOINNESSE
PREMIERE AISNEE DU TRES
ILLUSTRE CHAPITRE DE STE
WAUDRU LE XXVIIE IANVIER
MIL SIX CENTS SOIXANTE NOEUF
REQUIESCAT IN PACE
L’inscription gravée, également reprise, avec quelques variantes, par Léopold Devillers dans son Mémoire[i] consacré à la collégiale, est surmontée des armoiries de la chanoinesse. Son blason se lit : « de sinople à la fasce d’hermine ».
Devillers situe la tombe sur le pavement de la treizième chapelle du chœur, la chapelle Saint-Roch[ii], ce qui est toujours le cas en 2026.
Le registre des décès de la collégiale Sainte-Waudru renseigne évidemment le décès de celle qui était première ainée : « Le 27 [janvier 1669] Mademoiselle Marie Philippe Doignies première aisnée de ce noble et illustre chapitre »[iii]. Dans l’index chronologique des décès pour la période 1615 – 1794[iv], son décès, le septième pour l’année 1669, est noté : « marie philippe doignie chanoinesse ».
Marie Philippe Dongnies avait reçu par lettres du 14 mars 1616 la prébende du chapitre de Sainte-Waudru vacante par le mariage de Chrestienne de Croy dite d’Havré. Sa réception au chapitre avait eu lieu le 23 juin 1616, elle avait alors, selon Léopold Devillers, 14 ans et trois mois.
Elle était la fille légitime d’Antoine d’Ongnies[v], chevalier, seigneur de Peranchy et de Philoirne, grand bailli des bois de Hainaut, et de Marguerite de Jauche dite de Mastaing, héritière de Sassegnies. A sa mort, elle était donc chanoinesse depuis près de 53 ans.
Trois jours avant son décès, le 24 janvier 1669 (si l’on s’en tient à ce que rapporte Léopold Devillers dans le tome 4 des Chartes du Chapitre de Sainte-Waudru de Mons (p. 543-544 – document MMDCLI), elle avait probablement validé son testament.
L’article 21 du testament, recopié par Devillers (mais dans une version modernisée dans la suite de ce texte), évoque un cantuaire instauré dans la chapelle Saint-Roch dans laquelle se trouve encore sa pierre tombale.
J’ordonne aux exécuteurs de mon testament de fonder un cantuaire en la chapelle de Saint-Roch, dans l’église de Sainte-Waudru, d’un revenu annuel de trois cents florins, provenant de la recette de dix sols par rasière de grain brassé dans la ville de Mons, pour célébrer tous les jours, à perpétuité, une messe à onze heures.
La messe achevée, le prêtre desservant dira un De profundis.
Voulant et ordonnant que, desdits trois cents florins ci-dessus affectés audit cantuaire, le desservant jouisse seulement de deux cent cinquante florins, et les cinquante florins restants, chaque année, resteront en caisse, jusqu’à ce qu’il y ait de quoi acheter une autre rente de cinquante florins ; alors le desservant jouira desdits trois cents florins.
Marie-Philippe Dongnies meurt donc le 27 janvier 1669. Sa prébende ne restera pas vacante longtemps. Le 1er février 1669, soit 5 jours après le décès de la chanoinesse, elle est réattribuée à Marie-Claire-Angéline d’Egmont qui sera reçue au Chapitre le 17 mars suivant[vi].
Juste avant le décès de Marie-Philippe Dongnies, c’est celui d’une autre chanoinesse qui est acté (le sixième de l’année) dans le registre des décès : « Le 21 [janvier 1669] Mademoiselle Velasquo chanoinesse de cet illustre chapitre ». Dans l’index chronologique déjà évoqué pour Mademoiselle Dongnies, son décès est noté : « Dlle velasco chanoinesse ».
Il s’agit de Anne-Florence de Velasco qui avait reçu la prébende vacante par la mort de sa sœur Ernestine[vii] par lettres du 8 février 1654. Anne-Florence avait été reçue au chapitre le 22 février 1654 et était restée chanoinesse un peu moins de 15 ans. Elle était la fille légitime de Jean de Velasco, comte de Salazar, marquis de Belveder, chevalier de l’ordre militaire de Saint-Jacques, etc., et d’Anne de Recourt.
En consultant l’Index chronologique des actes de sépultures et décès Mons (1615 – 1794) de la collégiale Sainte-Waudru pour 1669, on peut constater qu’une troisième chanoinesse[viii] est décédée (le vingt-et-unième décès de l’année 1669) un peu après les demoiselles Dongnies et de Velasco. Le registre des décès signale : « Le 16 [mars 1669] Mademoiselle de Marles ainée de ce noble et illustre chapitre »[ix]. Mlle de Marles était en réalité la fille de Florent de Noyelles, comte de Marles. Devillers dans les chartes du Chapitre signale qu’elle est née le 5 février 1624 et qu’elle fut reçue au chapitre le 25 juin 1634 (les lettres lui octroyant la prébende de Sainte-Waudru étaient datées du 10 juillet 1633).
Le même registre, presque à la fin de l’année 1669, signale deux autres décès de chanoinesses les « Zalazart chanoinesse » (septante-neuvième décès de 1669) et « Cecille delisbroucq chanoinesse » (nonante-cinquième décès de 1669). Ces deux chanoinesses ne figurent pas dans le registre des décès, ce qui pourrait laisser penser qu’elles sont décédées en dehors de Mons (mais qu’une cérémonie a toutefois été organisée en la collégiale Sainte-Waudru). A moins qu’il ne s’agisse d’une erreur dans les registres ! Ou de mentions de chanoinesses d’un autre chapitre décédées à Mons dont les funérailles ont été célébrées ailleurs (ce qui expliquerait l’absence de mention dans le registre des décès / funérailles).
1669 a donc vu, selon la liste du registre chronologique, le décès de cinq chanoinesses, ce qui est assez exceptionnel… Mais cinq chanoinesses figurent-elles bien au nombre des décès actés en la collégiale Sainte-Waudru cette année-là ? En effet, mademoiselle Marie Florence de Velasco pouvait aussi porter le nom « de Salazar » (un des titres de son père, déjà porté par sa sœur chanoinesse décédée). Il y aurait alors un doublon de personnes dans la liste annuelle des défunts, d’autant que le registre des actes de décès de la collégiale ne conserve la trace que du décès de trois chanoinesses : De Velasco, Dongnies et de Marles[x]… Il reste donc, et c’est bien ainsi, encore beaucoup à découvrir sur les chanoinesses de Sainte-Waudru.
Benoît Van Caenegem
Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru
et de son Trésor
[i] DEVILLERS Léopold, Mémoire historique et descriptif sur l’église de Sainte-Waudru, à Mons, Mons, 1857. Il s’agit du N° 144 des Inscriptions sépulcrales recueillies dans l’Eglise de Sainte-Waudru (reprises dans les annexes du Mémoire) : « Cy gist noble et illustre demoiselle Marie Philippes Dongnies ditte de Willerval decedée chanoinesse premiere aisnée du très illustre chapitre de Ste Waudru le XXVIIe janvier mil six cents (sic) soixante noeuf. Requiescat in pace ».
[ii] Une des six chapelles qui n’ont jamais changé de nom.
[iii] AGATHA, Archives de l’Etat en ligne, Actes de sépultures et décès Mons : Sainte Waudru (1626 – 1711), https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01958_000/0_0167
[iv] AGATHA, Archives de l’Etat en ligne, Index chronologique des actes de sépultures et décès Mons : Sainte Waudru (1615 – 1794) https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01978_000/B_0033
[v] Orthographe donnée par DEVILLERS Léopold et MATTHIEU Ernest, Chartes du Chapitre de Sainte-Waudru de Mons (CCSW), tome 4, Bruxelles, 1913, p. 386 lors de l’évocation de l’octroi de la prébende à Marie-Philippe Dongnies.
[vi] CCSW, tome 4, Bruxelles, 1913, p. 544. L’orthographe du nom donné à cette occasion est « d’Ongnies ».
[vii] AGATHA, Archives de l’Etat en ligne, Actes de sépultures et décès Mons : Sainte Waudru (1626 – 1711), https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01958_000/0_0087 : « Le mesme iour mademoiselle Salazr mort à cambray » (orthographe de l’époque).
[viii] AGATHA, Archives de l’Etat en ligne, Index chronologique des actes de sépultures et décès Mons : Sainte Waudru (1615 – 1794) https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01978_000/B_0033
[ix] AGATHA, Archives de l’Etat en ligne, Actes de sépultures et décès Mons : Sainte Waudru (1626 – 1711), https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01958_000/0_0167
[x] En 1664, Mmes Dongnies et de Marles, en compagnie de Mmes de Mastaing et de Noyelles, soit les quatre aînées, ont accordé la permission du chapitre de Sainte-Waudru pour la reconstruction et l’agrandissement de l’église de Saint-Nicolas-en-Havré qui avait été détruite par un incendie. Voir HACHEZ Félix, Mémoire sur la paroisse et l’église de Saint-Nicolas-en-Havré à Mons, Mons, 1859, p. 17.