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Dans la collégiale sainte-Waudru

Dans la collégiale, qui était celle du chapitre de Sainte-Waudru, il semblerait normal de trouver à de très nombreuses reprises le blason du dit Chapitre. Mais ce n’est pas vraiment le cas comme en témoigne le parcours chronologique qui suit.

Le blason du chapitre de Sainte-Waudru se lit « d’or aux trois chevrons de sable » (sable signifiant noir en héraldique).

Il semblerait que le plus ancien blason du chapitre[i] soit celui qui décore la clef de voûte de la chapelle Sainte-Aldegonde. Il doit dater de la deuxième moitié du XVe siècle. Il voisine avec une autre clef (dans le déambulatoire) qui représente les armoiries du chapitre de Soignies (sinople -vert- à la croix d’argent).

Ensuite, le blason « de sainte Waudru » se retrouve sur la verrière centrale de la partie haute du chœur (une crucifixion vers 1510/1511) mais sous forme de bannière sur hampe tenue par un lion portant devant lui l’écu aux armes du Hainaut.

Le tableau de 1577, intitulé « LE PARENTAGE STE WAULDRUD COMTESSE DE HAINAULT », présente plusieurs fois le blason du chapitre montois. La représentation la plus prestigieuse est celle qui accompagne sainte Waudru. Le blason est surmonté d’une couronne et fixé sur une crosse. Les deux Walbert, père et grand-père de sainte Waudru, possèdent chacun le blason « or aux trois chevrons de sable ».

Sur ce tableau, on constate que les enfants, Aldetrude, Madelberte, Landry et Dentelin, ont un blason écartelé composé des armes de leur père (en 1 et 4) et de leur mère (en 2 et 3), avec sur le tout le blason du Hainaut. Ce qui peut sembler étrange, c’est que saint Vincent possède le même blason (erreur à l’origine ou mauvaise restauration ?) que ses enfants. Le blason aux trois chevrons figure aussi dans la composition des blasons de sainte Aldegonde (en 1 et 4), d’Amalberge et de quelques autres membres plus éloignés de la famille de Waudru.

Un méreau, jeton de présence en cuivre, du Chapitre (1581) fait partie des collections du Trésor. Sur l’avers est représenté le blason aux « trois chevrons » sommé d’une couronne et fixé sur une crosse, entouré de la légende : « COMPTES ET GETTES IUSTEMENT », tandis que le revers porte un bras armé d’un glaive (un sénestrochère) entouré de la légende : « CRAINDANT LE DIVIN IUGEMENT »[ii].

Une pierre tombale des pères récollets ayant offert leur vie lors de l’épidémie de peste de 1615/1616 est marquée du blason du chapitre de Sainte-Waudru. On peut ici raisonnablement penser que ce sont les chanoinesses qui ont offert « ce cadeau » à la mémoire des défunts alors que, selon Gilles-Joseph de Boussu, la ville avait pris en charge les funérailles des pères récollets dont l’inhumation avait eu lieu, certainement avec l’accord des chanoinesses, au cimetière de Sainte-Marguerite.

Du XVIIIe siècle, le Trésor conserve la matrice d’un signet du Chapitre dont le motif principal est le blason du chapitre posé sur un manteau royal. L’inscription en lettres capitales l’identifie : « CAPITULUM SANCTAE WALDETRUDIS ».

Il subsiste encore dans la collégiale une plaque de serrure (porte d’accès au Trésor) qui représente les armes du Chapitre. De nos jours, cette plaque du XVIIIe n’est plus qu’un décor, de nombreuses serrures de la collégiale ayant fait l’objet au fil du temps d’une modernisation (et d’une sécurisation).

Datant de 1887 ou 1894[iii], la bannière de la paroisse Sainte-Waudru est composée d’une peinture ovale fixée sur un fond de velours vert. Au bas de la face avant, aux fils d’or et noir, le blason de Sainte-Waudru est représenté posé sur une crosse.

Un autre exemplaire du blason de Sainte-Waudru se trouve dans les remplages de la verrière consacrée (chapelle 15) à Notre-Dame de Tongre. Le blason y est timbré d’une couronne comtale et de la crosse abbatiale.

Quant à la verrière de la chapelle Saint-Vincent (chapelle 17), on y voit les blasons des chapitres montois et sonégien soutenus chacun par un ange, mais également celui de la ville (sommet de la verrière centrale) qui est aussi sculpté sur la clef de voûte du déambulatoire. Sur le retable néogothique dédié à saint Vincent, le blason, couronné, du chapitre de Sainte-Waudru figure en bonne place sous la scène centrale consacrée à la mort de saint Vincent. Dans la scène familiale sculptée sur la gauche du retable (quand on le regarde), le blason or et noir figure en-dessous d’une représentation d’une Vierge à l’Enfant[iv].

De l’autre côté du déambulatoire, la verrière offerte à Mgr de Croÿ et consacrée aux chanoinesses (verrière de gauche quand on regarde la chapelle 14) est surmontée (dans les remplages) d’une représentation du blason du chapitre de Sainte-Waudru (couronné). Dans ce même vitrail, le blason de Sainte-Waudru est représenté sur un char évoquant un Car d’Or.

Le blason du Chapitre se trouve également sur le reliquaire du chef de sainte Waudru (dos du reliquaire-pignon arrière du dais- à la même hauteur que le chiffre de sainte Waudru « S W entremêlés » situé sur l’avant).

À nouveau au Trésor, une châsse en cuivre, donnée par les Ursulines en 1924, porte sur son couvercle, d’un côté les armes du chapitre de Sainte-Waudru, de l’autre celles du chapitre sonégien.

L’angelot qui est à l’avant du Car d’Or porte l’ancien reliquaire du chef de sainte Waudru[v] sur lequel il n’y a aucune représentation du « blason de sainte Waudru ». Pourtant, à l’intérieur du reliquaire, les reliques de la patronne de Mons sont enfermées, depuis la fin du XXe, dans un sac de tissu sur lequel est cousu un blason du chapitre réalisé en tissu.

Au début du XXIe siècle, une chasuble moderne a intégré les collections de Sainte-Waudru. Le blason du chapitre y est soigneusement brodé. Cette chasuble est portée par le célébrant principal de la messe du matin de la Trinité quand le Doyen n’assure pas la présidence. La chasuble que porte alors le Doyen, et qui fut créée en même temps que celle du blason, est rehaussée, aux fils d’or, d’une représentation de Waudru et de ses filles[vi].

Notons que sur la plaque donnant la succession des doyens de Sainte-Waudru depuis 1803, le blason du Chapitre est également présent. Longtemps, la Fabrique et la Paroisse disposaient d’enveloppes sur lesquelles figurait le blason or et noir (remplacé plus récemment par une version en noir et blanc).

A l’occasion de la Trinité, trois blasons en tissu sont intégrés à la collégiale : le premier fixé directement sous la châsse, le deuxième au triforium à hauteur de la chapelle du chef de sainte Waudru et le troisième installé à l’entrée ouest, sous les grandes orgues. De plus petits sont cousus sur les étoffes vertes qui sont placées sur les tables destinées à recevoir les reliquaires de la sainte durant la cérémonie.

Le blason du chapitre est aussi à plusieurs reprises représenté dans le livre d’or de la collégiale.

Si l’on ne tient pas compte des blasons en tissu placés pour la Trinité, il y a donc très peu de représentations du blason du chapitre dans le patrimoine de la collégiale.

Quant au blason « d’or aux trois chevrons de sable », il est important de dire qu’il était à l’origine celui de la famille Regnier (c’est ainsi qu’il est repris dans le salon gothique de l’hôtel de ville). Avec le temps, les chanoinesses l’ont utilisé pour le Chapitre. Souvent même, il a été attribué à la sainte patronne de Mons qui ne l’a pourtant jamais possédé.

De nos jours, pour de nombreux Montois, c’est devenu, certes à tort, le blason de sainte Waudru. Comme quoi les chanoinesses savaient, quand il le fallait, bien arranger l’Histoire mais, il faut le leur reconnaître, toujours pour mettre en évidence sainte Waudru !

 

 

 

 

Benoît Van Caenegem

Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru

et de son Trésor

 

 

 

 

[i] S’il n’a pas été resculpté au fil du temps, il doit dater de la seconde moitié du XVe.

[ii] « En échange de ce jeton, les personnes tenues d’assister à un office ou les pauvres assistés par le chapitre recevaient une gratification en espèces ou en nature ». Albert NOIRFALISE, Catalogue des objets d’art conservés dans la salle du trésor de la collégiale Sainte-Waudru à Mons, 1995, inédit, p. 52 de l’exemplaire photocopié et relié par l’abbé Noirfalise.

[iii] Si c’est 1887, c’est à l’occasion de la translation des reliques de Waudru dans la châsse réalisée par l’orfèvre Wilmotte ; si c’est 1894, c’est à l’occasion de la recréation de la confrérie de Sainte-Waudru.

[iv] Le retable est dédié à saint Vincent sans que son blason, de sinople à la croix d’argent, n’y figure.

[v] Reliquaire ayant abrité le chef de sainte Waudru de 1804 à la création de l’actuel reliquaire néogothique par l’orfèvre Armand Bourdon.

[vi] Les deux chasubles ont été pensées et offertes à la collégiale par le doyen André Minet.