Maison ...
Maison de Dieu
Maison des hommes
   
Maison des hommes
1450- Début des Travaux
1506... ou peu après - Achèvement du Chœur
1526-1527 - Le Transept est terminé
1580-1589 - La Construction de la Nef touche à sa Fin
1637 - Le Chantier de la Tour est arrêté
1690 - La Tour et sa Flèche ne verront pas le Jour

Sans la prétention d'une synthèse historique, exhaustive et rigoureuse, cette chronique essaye de rester honnête mais accepte quelques imprécisions et ne souligne pas toujours la différence entre une hypothèse et une certitude. Elle choisit subjectivement tel événement et en oublie un autre... Elle souligne telle évolution et estompe l'importance d'une autre... Comme nous tous, lorsque nous rassemblons nos souvenirs.
En levant nos regards au-delà de l'encloître et des remparts, rappelons-nous combien notre " aujourd'hui " et notre " ici " sont solidaires de l'hier et de l'ailleurs des autres.

1450- Début des Travaux
Depuis bientôt vingt ans, Jacqueline de Bavière a fait donation du comté de Hainaut à Philippe le Bon.

Le duc de Bourgogne, influencé par les Croÿ, reconnaît au comté son identité, par exemple en choisissant des Hainuyers comme Grand bailli. Mais la fiscalité pèse lourd et le pouvoir du duc développe une tendance centralisatrice.

Les villes connaissent un essor économique, l'industrie se développe et la paix épargne aux paysans les excès de la soldatesque.

Mons entre dans une période de prospérité, même si les Montois n'ont pas oublié la peste et la famine de 1438 et les inondations catastrophiques de 1445.

C'est en 1450 que la tour et la flèche de Saint-Nicolas sont terminées ; dans peu de temps sera fondé l'hôpital des Chartriers, la rue Neuve sera percée et les échevins décideront la construction d'un nouvel hôtel de ville.

Les chanoinesses qui, l'année précédente, ont reçu les grands musiciens Guillaume Dufay et Gilles Binchois, n'imaginent pas que, bien plus tard, les historiens situeront, à l'époque qu'elles vivent, le début de l'humanisme et de l'histoire moderne.

En ce milieu du siècle, Jérôme Bosch, le Pérugin, Léonard de Vinci et Savonarole viennent au monde ; l'imprimerie voit le jour ; à Venise, Donatello sculpte la première statue équestre depuis l'Antiquité, celle du Condottiere ; à Florence, Brunelleschi révolutionne l'architecture.

Chez nous, Jean Wauquelin est toujours le grand spécialiste des manuscrits et des miniatures (il mourra à Mons en 1452), le fer est battu pour donner naissance au P'tit Singe et la nouvelle église du chapitre des chanoinesses sera en gothique flamboyant... Le vent du sud n'a pas encore ni descendu l'Escaut, ni remonté la Haine...

Nos Dames ignorent vraisemblablement qu'aux Indes, l'islam et l'hindouisme fusionnent mais elles sont sans doute mieux informées sur l'histoire contemporaine de l'Eglise de Rome : le grand schisme d'Occident s'est terminé par l'abdication du dernier anti-pape et la contestation de Jean Hus a pris fin par " son abandon au bras séculier " qui le brûla vif ; une dernière tentative de ramener les " Grecs schismatiques " dans le giron romain échoue et c'est la rupture définitive entre catholiques et orthodoxes, entre Rome et Constantinople.

L'année suivante, le 2 mai 1451, le duc Philippe tiendra à Mons, dans le chœur de l'ancienne église, le huitième chapitre de la Toison d'or. Durant la semaine des fêtes qui suit la cérémonie, il apprend, par les ambassadeurs de Constantin, que Mehmed ii s'apprête à assiéger Constantinople. Philippe envoie Jean de Croy et Jacques de Lalaing chez le roi d'Aragon et chez le roi de France pour aviser des mesures à prendre pour défendre la capitale de l'empire byzantin. L'Europe hésite (dirait-on aujourd'hui) et le sultan ottoman triomphe. Après onze siècles, l'empire chrétien d'Orient, qui avait eu à sa tête un comte de Hainaut, disparaît.

La première moitié du XVe siècle est terminée. Le Moyen Age est bien fini, la Renaissance arrive !

1506... ou peu après - Achèvement du Chœur
Les chanoinesses, qui rasent leur ancienne église pour construire " plus moderne ", peuvent se référer à des exemples illustres : le pape Jules ii (qui emploiera Michel-Ange, Raphaël et Bramante) a rasé l'église Saint-Pierre construite à Rome douze siècles plus tôt par Constantin ! Les bâtiments " remarquables " ne sont pas encore classés et les Montois ne doivent pas en parler beaucoup.

Ils sont fort impressionnés par certains qui affirment que la comète du mois d'août était bien un présage du décès de Philippe le Beau, à Burgos, le 25 septembre : il laisse un petit garçon de six ans, Charles. Heureusement, celui-ci pourra compter sur le dévouement des Croy (n'ont-ils pas en charge son éducation ?) et l'aide de sa tante, Marguerite d'Autriche.

Celle-ci connaît bien Mons. Elle y est passée en 1493, de retour de France (les projets de mariage avec le Dauphin n'ont pas abouti) ; elle y est venue avec Philippe, son frère, il y a à peine cinq ans, pour assister au Mystère de la Passion, interprété par cent cinquante acteurs, devant l'hôtel de ville construit il y a une trentaine d'années. Elle y reviendra l'an prochain, avec Charles, en sa qualité de gouvernante des Pays-Bas.

Pour le moment, la situation internationale n'est pas trop agitée. Depuis 1499, la paix règne entre la France et l'Espagne.

Jacques Du Brœucq est né l'an passé et personne n'imagine son avenir.

Si la prospérité économique du Hainaut est certaine, la " société duale " est une réalité : certains bénéficient du développement des mines, des carrières et des forges, de la verrerie, de la toilerie et de la tapisserie, tandis que la moitié de la population est pauvre et, en proportion non négligeable, dans le dénuement.

Les inondations de l'an prochain, dans le bas de la ville, n'arrangeront pas les choses même si, depuis vingt ans, les religieuses de la Madeleine - celles-là mêmes qui, dans quelques années, assureront les soins à l'hôpital de Saint-Nicolas - et les pauvres sœurs du Béguinage, qui s'appelleront les Sœurs Noires, sont venues rejoindre celles et ceux qui essayent de soulager les misères.

Ces " renforts " n'arriveront pas sans mal ; il a fallu l'intervention de personnages fort importants pour que les premières trouvent de quoi se loger et pour que les secondes puissent s'installer à la rue des Juifs : pendant plus de dix ans, elles ont été en opposition avec le chapitre qui leur refusait l'autorisation de s'implanter sur son territoire.

D'ici 1515, il ne se passera pas grand-chose à Mons. Mais les chanoinesses réalisent-elles que l'Europe a pris pied sur le Nouveau Monde, que l'Espagne est " reconquise " par les Rois Catholiques, que l'anti-sémitisme a sévi en Pologne et au Portugal, que Vasco de Gama est arrivé aux Indes, qu'en Perse les Chiites et les Sunnites s'affrontent, que les princes allemands de Thurn und Taxis organisent un système de courrier qui couvrira l'Europe, qu'Ignace de Loyola et François Xavier viennent au monde et que Luther a 23 ans ?

1526-1527 - Le Transept est terminé
Que d'événements essentiels depuis la joyeuse entrée à Mons de Charles, en qualité de comte de Hainaut, en 1515 !

Sur les reliques de sainte Waudru, il a juré de maintenir les lois et franchises du comté et de la Ville. Le comté conserve sa cour souveraine et ne relève pas de celle de Malines : c'est bien une terre " tenue de Dieu et du Soleil ".

En 1519, les Montois célèbrent l'élection de Charles au trône impérial et n'imaginent pas les conséquences néfastes d'un conflit permanent entre la France et l'Empire ; ces guerres incessantes ne commencent-elles pas par la victoire retentissante de Charles à Padoue, en 1521, et le séjour de François ier dans les geôles madrilènes ?

Au-delà du Rhin, Luther affiche ses nonante-cinq thèses, ne se soumet pas à Rome, est excommunié et mis au ban de l'Empire par la Diète de Worms, en 1521. L'empereur transforme l'Inquisition en institution d'Etat et le Hainaut reçoit son premier inquisiteur : Jacques de Lattre, prieur du Val des Ecoliers à Mons. Les princes transforment les luttes religieuses en conflits politiques. Bientôt, tout s'entremêle : les impériaux saccageront le Vatican romain et Henri viii sera excommunié.

Au Sud de l'Europe, les Turcs attaquent en Hongrie, prennent Rhodes et mettront le siège devant Vienne en 1529, tandis qu'au Nord, la Suède devient une nation indépendante. Bien loin à l'Ouest, Pizarre débarque au Pérou.

Et pendant ces années d'ébullition, la vie continue à Mons. En 1515, la paroisse de Sainte-Elisabeth a été reconnue. En 1521, Charles Quint trouve le temps de venir faire sa joyeuse entrée d'empereur à Mons et d'ordonner aux chanoinesses de ne plus s'opposer à l'élévation du clocher de l'église Saint-Germain en reconstruction. 1527 voit la naissance de Nicolas de Neufchâtel, le futur peintre Lucidel. En 1532, naît, en la rue de la Guerlande, à l'enseigne de la Noire Tête, le petit Roland de Lattre qui, à première vue, n'a rien à voir avec l'inquisiteur. Plus tard, après la condamnation de son père comme faux monnayeur (dit-on), il se transformera en Orlando de Lassus et parcourra l'Europe pour sa gloire personnelle et celle de sa musique. Antoine de Lusy, bourgeois de Mons, continue à tenir son journal, mais personne ne sait s'il a lu l'Eloge de la folie qu'Erasme a publié au début de la décennie.

D'ailleurs, certains affirment que l'événement marquant de ce premier quart de siècle est le premier combat de saint Georges et du Dragon en 1524. Il faut reconnaître que c'est le seul dont on reparle tous les ans, du moins à Mons.

1580-1589 - La Construction de la Nef touche à sa Fin
La seconde moitié du XVIe siècle compte parmi les plus sombres de l'histoire du Hainaut.

Depuis l'abdication de Charles Quint en 1555, Philippe ii, comme l'écrira plus tard Georges Bohy, est " le roi d'une Espagne dont les Pays-Bas sont une colonie ". Pour gouverner nos provinces, il envoie des duc d'Albe, des Luis de Requesens et des Don Juan d'Autriche, plus connus pour leurs vertus militaires et leur brutalité que pour leur diplomatie et leur sens politique.

Les soixante-huit exécutés par le fer et le feu, en 1592, sur la Grand-Place de Mons en témoignent : ils avaient été plus ou moins convaincus d'avoir épousé la cause des Réformés lors de l'occupation de la ville par les protestants de Louis de Nassau.

Jacques Du Brœucq, qui avait aussi été attiré par le protestantisme, s'en tire à meilleur compte en sculptant la statue de saint Barthélemy qui, dans quatre siècles, se dressera, par erreur ou par hasard, au milieu des vertus cardinales, dans le chœur de la collégiale.

En 1579, c'est la séparation entre les provinces catholiques du Sud et les protestantes du Nord. Les Provinces-Unies sont nées, abandonnant Flandre, Artois, Hainaut et Wallonie (sans les principautaires liégeois) aux Espagnols et à tous les belligérants européens qui en font leur champ clos, se disputant nos villes et apportant misères et exactions.

Monseigneur de Berlaymont a même dû fuir Cambrai et installer son siège archiépiscopal à Mons pendant quinze ans. Sa présence valut aux Sœurs Noires une seconde chapelle et à François Buisseret, qui sera un de ses successeurs, de pouvoir instituer " l'escolle dominicale pour enseigner la doctrine chrétienne aux pauvres petits enfants ". Nous sommes en 1580, pas loin de la collégiale, à la rue Samson.

La même année, le chroniqueur nous rapporte le passage d'une comète " horrible ", la survenance d'une " pestilance dommageable " et d'un tremblement de terre.

Heureusement, les Montois et leurs maisons n'ont pas trop souffert. Et cependant, celles-ci ne sont pas toutes bâties de pierres et de briques et couvertes de tuiles ou d'ardoises comme l'avait demandé le Magistrat, prohibant les " maisons plâtrées de terre et couvertes d'estrain ".

Ces perturbations naturelles n'ont pas plus empêché Alexandre Farnèse, le nouveau gouverneur de nos provinces, de faire son entrée à Mons et de prêter serment à Sainte-Waudru le 24 avril. On devine chez lui l'habile politique qui calmera les esprits, convaincra plus qu'il ne sanctionnera et permettra une fin de siècle plus calme.

Ailleurs aussi, il y a de bonnes nouvelles. Au Japon, les jésuites rencontrent les faveurs du dictateur. A Florence, François de Médicis fonde les Offices. En France, Montaigne écrit les Essais et la maman de Vincent de Paul attend un bébé. Aux Indes, un empereur mogol réunit des docteurs hindous, jaïnistes et perses, des jésuites et des oulémas, dans une " maison de religion ". Et puis, dans deux ans, il y aura un nouveau calendrier, celui de Grégoire xiii, que nous utilisons pour cette chronique rétrospective !

1637 - Le Chantier de la Tour est arrêté
L'arrivée des archiducs Albert et Isabelle avait fait naître de grands espoirs de paix, d'autonomie politique, voire d'indépendance, et même, chez les membres des Etats provinciaux, de partage du pouvoir.

Albert est décédé en 1621, après avoir dirigé les affaires pendant vingt-trois ans, et Isabelle lui a survécu pendant douze ans. Au bout de ces longues années, le bilan est plutôt maigre.

Certes, les archiducs, sincèrement convaincus de la primauté de l'Eglise de Rome, ont travaillé avec efficacité à la " restauration catholique " mais ils sont restés soumis à l'autorité madrilène, ont continué les hostilités contre nos voisins du Nord (qui ne ne souvient du siège d'Ostende... et de la couleur isabelle ?) et ont échoué dans leurs essais de redresser l'économie.

Les Etats du Hainaut protestent et sont l'âme d'une vaine tentative de conquête de l'indépendance pour les provinces catholiques du Sud : Madrid fait subir le poids de son autorité et, comme depuis quelques années, un certain Richelieu développe sa politique de conquête des frontières naturelles pour le royaume de France, les Hainuyers peuvent s'attendre à vivre des décennies fort mouvementées. Aujourd'hui, en 1637, Vauban a quatre ans et l'an prochain verra naître le futur Louis XIV !

Cependant, le comté ne doit pas oublier que " les chartes nouvelles du Pays de Haynau " ont été promulguées en 1619 et que cet effort, réussi, d'unifier le droit hainuyer, prolongera ses effets jusqu'en 1784.

Les Montois peuvent aussi demander à leurs descendants du xxe siècle, qui visitent leurs musées du jardin du Maïeur, de penser aux archiducs : ils y ont construit ces bâtiments pour y installer le Mont de Piété, destiné à concurrencer, par des prêts à quinze pour cent, les banquiers lombards qui offraient des lignes de crédit à quarante pour cent !

De nombreuses congrégations et ordres religieux s'installent à Mons. Les jésuites (linguistiquement scindés depuis 1612) animent un enseignement de conception nouvelle depuis la fin du siècle passé. Les oratoriens s'installent à la rue de la Poterie, sous la protection des chanoinesses, malgré l'opposition du Magistrat. Les ursulines ne peuvent rester dans la cité que quelques mois car le testament de leurs protecteurs, les époux Malapert, est contesté par la famille et les autorités communales. Cependant, elles avaient l'intention " d'instruire la jeunesse aux bonnes lettres, à chanter la musique, jouer des instruments et autres avantages pour le public, le tout gratis "! Ce n'est que partie remise et elles reviendront définitivement en 1648, puisqu'elles sont toujours là...

La peste ne nous a pas oubliés. Elle a frappé en 1626 et elle est encore parmi nous en 1637. Le Magistrat décidera la création d'un " hôpital des pestiférés " près de la ruelle du Jonquoy... l'an prochain : il arrive à certains de croire que gouverner n'est pas prévoir !

Et, pendant ce temps-là, le monde change (" C'est la seule constante ", dirait Confucius) à travers de grands et de petits événements.

C'est ainsi qu'en 1636, le Discours de la méthode est publié à Valenciennes et qu'en Amérique du Nord, la colonie du Massachusetts crée une école de théologie, le Harvard College du " manager " du xxe siècle !

En 1637, au Japon, les chrétiens participent à la grande rébellion paysanne et se partagent en martyrs et apostats ; une petite Eglise clandestine résiste.

Près de chez nous, les Messieurs de Port-Royal prônent la grâce accordée par Dieu à une élite prédestinée de " purs " et cela, malgré la condamnation par le pape Urbain viii de l'Augustinus de Jansénius.

En 1638, naît Jean Racine, qui servira avec fidélité l'absolutisme royal tout en illustrant le classicisme français, et meurt le calviniste allemand Johannes Althusius qui avança l'idée d'un contrat entre le chef d'Etat et le sujet !

Et enfin, en 1639, la Compagnie anglaise des Indes Orientales se voit concéder un emplacement sur les bords du golfe du Bengale : il deviendra l'empire des Indes.

Cartésianisme, jansénisme, absolutisme, contrat social, classicisme, impérialisme : il y a là matière à réflexion !

1690 - La Tour et sa Flèche ne verront pas le Jour
Le siècle se termine dans la guerre et dans la désolation, comme il a commencé. Les traités ne conduisent pas à la paix mais à des entractes pendant lesquels les adversaires renouvellent les stocks de guerre, collectent l'impôt pour financer les futures opérations et imaginent des diplomaties nouvelles pour modifier les alliances : Paix de Westphalie, Traité des Pyrénées, Traité d'Aix-la-Chapelle, Traité de Nimègue, Traité de Rijswijk. Le comté, en un siècle, a perdu la moitié de son territoire et les Hainuyers de Maubeuge, Valenciennes, le Quesnoy, Avesnes, etc, vont devenir français.

Toute l'Europe, ou à peu près, s'est dressée contre Louis XIV, particulièrement après la Révocation de l'Edit de Nantes, qui abolit le protestantisme en France, et les exactions des troupes françaises dans le Palatinat.

Nos provinces attirent toutes ces puissances qui les transforment en champs de bataille ou en lieux de séjour et de pérégrinations pour leurs troupes.

" Les armées ont désolé tout, fourragé, enlevé tous les grains, brûlé la plupart des maisons, pillé et chassé le peuple : de la province déserte, il ne reste plus rien d'entier que la ville de Mons ". Ainsi s'expriment les Etats du Hainaut en 1678. Ils ignoraient que les Montois allaient partager le sort commun en 1691.

Du 24 mars au 9 avril, " cette triste ville ne se vit éclairée que par les feux, les incendies et les embrasements causés par les bombes, les pot-à-feux, les fallots et les boulets rouges, que l'ennemi jetait jour et nuit sans aucune relâche dans tous les quartiers de la ville, sans même épargner les églises, sauf celle de Sainte-Waudru, dont les voûtes furent cependant percées à divers côtés et le petit clocher brulé... ". Même si, en 1725, le chroniqueur exagère un peu, les historiens confirment l'intensité des bombardements et s'interrogent sur la relative protection dont a bénéficié la collégiale (y aurait-il eu requête secrète ou confidentielle des chanoinesses auprès de Louis XIV ?).

A la même époque, les nouvelles du monde sont souvent accompagnées du cliquetis des armes. Les Turcs sont arrêtés devant Vienne, les corsaires sillonnent les mers, Guillaume d'Orange détrône Jacques ii en Angleterre; les " sorcières " sont brûlées à Salem, les Français sont expulsés du Siam, la Compagnie anglaise étend son influence aux Indes en fondant Calcutta, les Russes et les Chinois concluent un traité (en utilisant les jésuites comme interprètes).

Et cependant, il s'allume toujours des flammes d'espérance : Domenico Scarlatti est né en 1685 et Montesquieu en 1689, Denis Papin publie, événement capital pour les deux siècles qui suivent, la " Description et usage de la nouvelle machine à élever l'eau ", qui résume la découverte de la machine à vapeur.

Certes, les Hainuyers terminent ce siècle en laissant peu de choses remarquables derrière eux, mais ils ont démontré leur capacité de résistance aux drames du temps, leur " entêtement à vivre " (selon l'expression de G. Bohy) qui leur permettra de participer au redressement bientôt entamé par la maison d'Autriche.

Les Montois commenceront le XVIIIe siècle dans " une ville entière rebâtie à la moderne " qui dispose de " casernes nouvelles et d'écuries magnifiques suffisantes pour douze à quinze mille hommes " (Gilles-Joseph de Boussu souligne les avantages de la guerre et ne parle pas des victimes).

Et puis, n'ont-ils pas le nouveau beffroi depuis 1669 ?

Il restera le plus haut bâtiment de la ville puisqu'il a été décidé de ne pas poursuivre la construction de la tour de la collégiale.

Décision définitive ? L'avenir le dira...

(Jacques Drousie - 1992)

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