Maison ...
Maison de Dieu
Maison des hommes
   
Maison de Dieu

Près de mille ans avant la naissance du Christ, Salomon décide de construire le temple de Jérusalem, "de bâtir une maison au nom de Yahvé mon Dieu pour reconnaître sa sainteté, brûler devant lui l'encens parfumé...".

C'est un acte de reconnaissance, d'hommage : "La maison que je bâtis sera grande, car notre Dieu est plus grand que tous les dieux".

C'est le lieu du sacrifice mais ce n'est pas la maison de Dieu, Salomon ne peut l'espérer : "Mais Dieu habiterait-il vraiment avec les hommes sur la terre ? Voici que les cieux et les cieux des cieux ne le peuvent contenir, moins encore cette maison que j'ai construite"

Pour que le temple soit le lieu de rencontre de Dieu et de l'Homme, il faudra que Jésus vienne, qu'il proclame que Dieu est amour, qu'il n'est plus l'interdit, l'inviolable,l'inaccessible... Il s'est incarné : Dieu et l'Homme peuvent se retrouver.

Le Christ a d'ailleurs demandé à ses disciples de se réunir, de célébrer l'Eucharistie, de commémorer son sacrifice personnel. Ils les a assurés de sa présence : "Partout où deux ou trois se réunissent en mon nom, je suis au milieu d'eux".

Les premiers chrétiens ne sont pas nombreux à rompre le pain et la maison de l'un ou de l'autre suffisent pour ces réunions, essentielles à leurs yeux.
Quand leurs assemblées (Ecclesia, en grec) grandiront, ils rechercheront des bâtiments plus vastes, transformeront des basiliques romaines et, après la reconnaissance du christianisme par l'empereur Constantin en 313, ils construiront leurs églises et leurs cathédrales (abritant le siège de l'évêque, la cathedra).

Depuis des siècles, les chrétiens s'y réunissent pour commémorer le sacrifice du Christ et pour toutes les expressions de leur culte communautaire.

Chaque époque aura son style et chez nous aussi, la primitive église des moniales deviendra l'église romane du chapitre et cédera la place à la collégiale gothique (collégiale car, sans être cathédrale, elle abrite un collège de chanoines, ou de chanoinesses).

Celui qui, de France, arrive à Mons la découvre telle l'arche posée sur le Mont Ararat. Elle marque, elle identifie la ville, à côté du beffroi, symbole de la société civile, rencontre du sacré et du profane... présage d'un xxie siècle qui encouragera les hommes à effacer leurs conflits pour répondre aux défis de leur planète, sur laquelle ils continuent de poser la question du pourquoi et du pour qui ?

Celui qui en franchit le seuil accède à un autre monde : les pierres élevées en lignes verticales et la clarté qui vient du haut établissent le lien entre le matériel et le spirituel, entre le monde d'en bas et le monde céleste.

Celui qui, attentif, traverse du regard les rais de lumière filtrée par les vitraux, retrouve sur le sol les traces gravées dans la pierre de ceux qui ont abandonné leur corps à l'indifférence de nos pas. Il reconnaît dans le chœur, dans la nef et les bas-côtés, les officiants du passé et ceux d'aujourd'hui, les fidèles dans le calme de la prière, les éclats des grandes cérémonies (du chapitre de la Toison d'or au Te Deum des fêtes nationales) ; la discrétion des enterrements ; l'allégresse populaire des descentes de châsse ; la longue table du Jeudi-saint qui solennise la commémoration eucharistique ; la foule des festivals qui applaudit le Requiem de Fétis ou le Mystère des Disciples d'Emmaüs, l'étranger admiratif devant le Ressuscité de Du Brœucq, l'enfant ébahi par le "grand chariot doré ", l'organiste à la recherche d'une nouvelle inspiration, l'acolyte qui préférerait au maniement pendulaire de l'encensoir, le cache-cache derrière les piliers, dont ne se privent pas toujours les amoureux, eux qui reviendront, dans quelque temps, échanger leurs engagements.

Celui-là reconnaîtra en cette église la demeure de Dieu et des Hommes.

Cependant, seule la foi permettra d'approcher le mystère que le bâtiment sacré signifie : la pénétration de la vie du Christ en l'Homme.

L'église de pierre et de briques symbolise le passage, l'ascension qui a commencé, comme Paul l'écrit aux Ephésiens : "Ainsi donc, vous n'êtes plus des étrangers ni des hôtes, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu. Car la construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et les prophètes, et pour pierre d'angle le Christ Jésus lui-même. En lui, toute construction s'ajuste et grandit ; vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l'Esprit".

Elle annonce avec saint Bernard, "l'entrée dans la maison que la main de l'homme n'a pas élevée, la maison qui se bâtit avec les pierres vivantes, celle qui sera, selon l'Apocalypse, " la demeure de Dieu avec les Hommes".

(André Decaevel et Jacques Drousie - 1992)

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